la place de l'Hôtel de Ville de Bourg-en-Bresse en 1914

Bourg-en-Bresse

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Août 1914

Dimanche 2 août 1914 - La mobilisation n’est pas la guerre ?

J’y étais, vers la gare, sur les coups de 11 heures quand j’ai vu débouler musique en tête le 1er bataillon du 23e de ligne, l’air fier, la mine grave et le sourire aux lèvres. J’ai hélé au passage quelques camarades à peine plus vieux des classes 1912 et 1913, ça fait tout drôle de les voir partir avec des fusils. Bavoux, il travaille à la Mairie et vit place de la Comédie chez sa mère, une veuve. Lemoigne, lui n’a jamais connu son père. Chaux, un peintre de la place Carriat. Il y a aussi le Louis, Belbenoit-Avich, un grand gaillard d'1m80 et une tête bien pleine. Ou encore Bachelard, le fils du charron de la rue de la République, engagé volontaire à tout juste 20 ans.

Nous, on se sent tout penauds de rester à quai, les uns défendent la patrie quand les autres sont trop jeunots, vieux ou bons à rien. On en a causé autour de bocks de bière de Lorraine servis bien frais au Café Dauphin du Champ de Foire… la patronne en pince pour le beau Jean, ça profite aussi aux copains ! Jean ne tient plus en place, il en a raz la casquette de livrer à vélo les fromages de chèvres de ses parents quand les copains s’en vont embrocher quelques Allemands ! Apprenti forgeron chez Morgon, Louis se voit déjà croiser le fer au feu ! Ils meurent d’envie d’aller à la mairie pour s’engager chez les Zouaves ou les Chasseurs Alpins.

Moi, ce n’est pas que mes parents ne soient pas de bons Français, mais ils croient aux bobards des canards de chez nous : la mobilisation n’est pas la guerre. Alors pourquoi les généraux envoient aux frontières autant de soldats avec tout leur barda ? Pour sortir les cartes, peut-être, et taper une petite belote ? Je n’en crois pas un mot.

Joannes

Mercredi 5 août 1914 - Aux armes citoyens

Nous n’étions probablement pas assez occupés depuis le premier jour de la mobilisation. Il n’a pas suffi d’avoir à organiser le ravitaillement des soldats territoriaux dans les six postes de garde des voies de communication. Le Préfet Delfini nous enjoint de former sans délai un corps de gardes civiles et le Maire m’a chargé d’y veiller. Il s’agit donc de choisir quarante hommes libérés de leurs obligations militaires et suffisamment robustes pour les rigueurs du maintien de l’ordre. Il est bien entendu qu’ils doivent être d’une moralité sans faille et que leurs activités habituelles n’entravent pas leur engagement volontaire moyennant des indemnités journalières de subsistance dont le montant nous est encore inconnu. Je doute que la seule promesse d’une médaille motive ceux dont les affaires prospèrent.

Il m’a été communiqué une liste d’une centaine de personnes de 50 à 65 ans susceptibles de l’incorporer. Je viens d’opérer un premier tri. Ancien adjudant de gendarmerie, Faivre a été rappelé. Jules Barbet et Victor Berrod sont Maire à Servas et Saint-André-sur-Vieux-Jonc, j’imagine qu’eux aussi sont déjà bien assez accaparés ! Sauveur Barbier est atteint d’une maladie du cœur, Guy Charles Philibert est impotent et il se dit de Charles Guillot qu’il serait très malade. Je crains fort qu’Alexandre Chapuy, Constantin Pin et Auguste Chevalier ne nous soient pas d’un grand secours, les pauvres hommes ont déjà rejoint leur dernière demeure. Il y aurait bien Jules Thoiron, mais je ne suis pas sûr qu’il faille se passer des services d’un ordonnateur des pompes funèbres par les temps qui courent.

Pas si simple, mais nous finirons bien par trouver le compte parmi les vétérans des sociétés de tir. Nous leur préciserons bien à l’occasion du recrutement que chacun devra se munir d’un revolver et de vingt-cinq cartouches, ils pourront leur être remboursés à leur demande. En signe de distinction, nous leur fournirons un brassard de couleur vert olive que nous agrémenterons d’un numéro d’ordre et du cachet de la mairie. S’il est trop tôt pour connaître les conditions d’emploi de cette garde civile, notre statut d’état de siège impose d’évidence sa constitution.

Stanislas

Vendredi 7 août 1914 - La gare au centre de la ville

Par rapport à tout ce qui défile ici depuis une semaine, sûr qu’une ruche est aussi calme qu’un hospice de vieillards. Il en passe tellement que les rails vont finir par être rouge comme des tisons ou les yeux de Mortier, le chef de gare ! Heureusement qu’il a deux bras et deux jambes, Berthet, Quaire, Puget et Tochon, ses quatre adjoints qui n’ont pas le temps de se les tourner. C’est que ça en fait du monde qui file aux frontières de l’Est. Faut pas le répéter, mais la mobilisation se fait sur onze lignes ferroviaires dans le pays, Bourg est sur la ligne A. Elle vient de Grenoble, Chambéry et Lyon, passe par Lons, Besançon, Belfort, Vesoul, Épinal pour finir à Bruyères dans les Vosges. C’est un vrai spectacle, les civils se posent le long des voies pour saluer les trains bondés de soldats. Y a aussi des désagréments. En transit à la gare de Bourg en provenance d’Annecy, un canasson qui tournait de l’œil a été débarqué manu militari par le 30e RI. Même pas le temps d’achever les chevaux ! L'équarrisseur a fini par évacuer sans délai la bête en décomposition et réclame encore 8 francs pour le dérangement. La compagnie PLM va écrire au Maire pour que lui soit réglé son dû.

Les trois régiments de la ville ont mis les voiles. Le 1er août c’était deux trains des jeunes conscrits du 23e de ligne. Eux sont bons pour aller taquiner les Pruscos en Alsace. Avant-hier, il en a fallu quatre pour convoyer les pépères du 55e Territorial, plus de 3 000 bonhommes et 24 chevaux. Ceux-là n’ont pas l’air de féroces combattants, ils sont montés à Belfort, sauf un détachement affecté à la station des magasins de Dôle. Il ne restait plus que les réservistes du 223, c’est fait depuis hier matin, à destination d’Aix-les-Bains. Faudrait pas trop se découvrir de ce côté-là, on ne sait pas encore bien ce que veulent faire les Italiens, ils viennent de déclarer leur neutralité alors qu’ils sont alliés sur le papier avec les Allemands, Autrichiens et Ottomans.

Si je compte bien, plus de 8000 troupiers sont passés devant mon buffet. Avec des soiffards pareils, j’ai écoulé un gros stock de Mâconnais à 65 centimes le litre à emporter. La mobilisation a du bon.

Antonin 

Lundi 10 août 1914 - Un aller simple pour Bourg

Même pas eu le temps de se retourner, l’armée a donné l’ordre d’évacuer le quartier. Nous serions devenus des bouches inutiles au cas où Belfort serait assiégée. Des 40 000 habitants, il n’en resterait que 1 500, surtout des commerçants, les estaminets ne risquent pas de fermer dans une ville transformée en caserne ! A ceux qui voulaient traîner les pieds, ils ont expliqué que les Allemands pouvaient nous couvrir d’une pluie d’obus sans crier gare. Alors nous sommes tous allés à la gare avec nos baluchons. Un train a débarqué hommes et chevaux, nous sommes partis dans l’autre sens autour de midi. Arrivée au beau milieu de la nuit, je n’avais pas les yeux en face des trous pour me faire une idée sur ma nouvelle ville, jusqu’à ce que la guerre se termine. Bourg, je me souviens grâce à l’école, que c’est la préfecture du premier département de France, mais jamais je n’aurai imaginé y poser le bout des orteils. Tant qu’à être expulsé en été, j’aurais préféré les avoir en éventail en bord de mer… quand il s’en est allé vivre en Algérie, un cousin m’a envoyé une carte postale de Marseille, ils ont l’air beau ces grands bateaux sur l’eau… J’ai vite compris que la Reyssouze n’était pas la Méditerranée ! Mais on a été bien accueillis et invités à prendre le gîte chez l’habitant. J’ai une chambre avec un bon matelas et la mairie distribue des bons d’alimentation. Les gens d’ici nous demandent où sont passés nos hommes ? Pardi, on est autant Français que les autres ! Si Belfort est cinq fois plus peuplée qu’en 1870, c’est que beaucoup d’Alsaciens ont fui l’occupation prussienne ! Eux aussi ont été mobilisés, la vieille voisine a ses trois fils sous les drapeaux. Le mien est resté sur place, au 9e bataillon de forteresse, ça me tranquillise de savoir qu’il aura un œil sur notre chez nous, le temps me tarde déjà d’y retourner.

Léontine

Vendredi 14 août 1914 - Le mur du silence

Voilà bientôt deux semaines qu’ils s’en sont allés sans sourciller. Je m’empresse chaque matin de leur écrire, il fait jour tôt en cette saison. Même si je n’ai rien de bien important à leur raconter, ils sont à mes côtés quelques instants. Je ne cesse d’être partagée entre la fierté d’avoir deux fils accomplissant leur devoir et l’appréhension d’une terrible nouvelle. Il semblerait que la guerre tarde à commencer, qui croire ? Je guette l’arrivée du facteur, le cœur serré, avec l’espoir qu’il me porte une lettre écrite de leurs mains, trois mots me suffiraient, "je vais bien" ou "je suis vivant". Comment est-il possible que les missives des soldats ne soient pas acheminées plus rapidement ? J’ai été admirative sur la manière dont l’autorité militaire a su mobiliser des millions d’hommes avec une célérité digne des grandes mécaniques de précision. Alors comment peut-on laisser autant de mères et d’épouses vivre dans un tel silence en plus de l’absence ? Je n’ignore pas le besoin de discrétion dans les correspondances des combattants, mais si le contrôle est juste, il se doit d’être moins lent. La guerre se gagnera aussi dans les cœurs, seul le courrier entre proches apaisera les tourments de l’éloignement.

Afin de ne pas passer mes journées à me ronger les sangs, j’ai répondu à l’appel à la générosité lancé par l’association des Dames Françaises. Je me suis rendu au lycée de jeunes filles qui se transforme en hôpital militaire. J’ai fait un bien modeste don, du linge que mon cher époux ne porte plus, de vieilles serviettes de toilette en parfait état et une nappe dont l’usage m’est très occasionnel. J’ai eu le plaisir de croiser Madame Grosfilley qui m’a assuré que toutes les bonnes volontés seront les bienvenues pour entourer nos blessés d’autant d’affection que de soin. J’ai eu l’irrépressible envie de lui donner mon approbation, mais un doute m’a fait hésiter, je n’en connais pas la raison. Peut-être un mauvais pressentiment. Je me suis donc abstenue de lui répondre favorablement.

Philomène

Lundi 17 août 1914 - La guerre en chair et en os

Sœur Florence m’a dépêché cette nuit pour accueillir le premier train de blessés. Ils ne m’ont pas semblé gravement atteints, en état de supporter leur long voyage dans d’inconfortables conditions, et les plus touchés d’entre eux ont vraisemblablement rejoint d’autres hôpitaux dans de plus grandes villes. Certaines personnes présentes furent marries de constater que les malheureux n’étaient pas des soldats des régiments burgiens, il semblerait que ces derniers aient été aiguillés sur des hôpitaux de Nîmes, Avignon et Lyon. Je partage la déception des familles, elles auraient tant aimer recevoir des nouvelles rassurantes, se porter à leur chevet, soulager la souffrance de leurs êtres aimés. Mais s’en affliger ne doit pas nous faire oublier que tous les blessés sont de braves combattants français et avant tout des enfants du bon Dieu, même à un Allemand nous prodiguerions les mêmes soins bienveillants.

Notre mission a donc consisté à répartir ces cent-cinquante hommes entre le noviciat de Saint-Joseph, le lycée de jeunes filles et l’hôpital militaire. Les moins valides ont été conduits dans l’ambulance hippomobile acquise par l’Hôtel Dieu ces dernières années. J’ignore si le nouveau conducteur a gardé la bonne habitude de son prédécesseur mobilisé, il louait le cheval chez Bochard-Desfarges à un prix très raisonnable. Il a semblé en tout cas très intéressé par sa caisse en frêne, ses panneaux en noyer et les glaces avec un ventilateur actionné par le mouvement de la voiture. Tout en tapotant des doigts une des deux lanternes de luxe, il m’a dit qu’il y avait la même à l’Hôtel Dieu de Lyon, œuvre d’un carrossier de cette ville.

Nous nous sommes ensuite appliqués à les installer du mieux possible et le docteur Reverdin a opéré en urgence les plus mal en point. Encore une journée que Dieu fait. La nuit noire entre par la lucarne de ma chambre, je sens sur mon visage son petit air frais, j’entends au loin des râles et des gémissements. La réalité de la guerre est arrivée jusqu’ici.

Sœur Anne

Jeudi 20 août 1914 - Toc est porté disparu

J’enrage. Je fais mes armes depuis plus de vingt ans dans le souvenir de 1870. Officier, mon père m’a brièvement raconté le siège de Metz, pas fier d’avoir du se rendre sans combattre. Mon régiment est parti remettre à l’heure la pendule de l’histoire, il fait son devoir en Alsace et libère Mulhouse… S’il se dit publiquement par la voie officielle que nos pertes n’excéderaient pas les cent tués et blessés, je ne peux pas ignorer grâce à ma position qu’à lui seul le 23° RI a eu près de 140 braves tués et disparus dans les premiers combats du mois.

Pendant ce temps, je reste à Bourg pour m’occuper des tracasseries de la paperasse et des mauvais coucheurs ! La mobilisation a été une course de vitesse aux frontières, il faut que l’intendance suive, même à l’arrière par le recours à la réquisition. Besoin d’un véhicule avec conducteur pour le mettre à disposition du Préfet jusqu’à nouvel ordre ? Je signe la demande au Maire qui requiert les services de Pétrus Couturier, l’épicier négociant de la rue Charles Robin. Des documents des bureaux du Commandant d’armes à porter dans les mairies environnantes ? Au tour d’Antoine Belaysoud et de Jules Descombes de s’y soumettre. Ça roule le plus souvent sauf quand le dénommé Pelletier me tanne le cuir pour faire valoir un titre de paiement. Son cheval Toc a été utilisé pour le transport aux cantonnements des effets des 21e et 24e compagnies du 223e RI, personne ne l’a revu les jours suivants… à moins qu’il soit en train de paître paisiblement dans les environs d’Aix-les-Bains. Rue Lalande, les écuries de l’Hôtel de la Poste ont été occupées par le 7e escadron du train d’équipage. Comme son gérant n’a pas manqué de s’en plaindre au Maire, il m’a fallu intercéder. N’obtempérant pas à son désir d’évacuer les lieux, il a eu le culot de me répondre que nous entravions le commerce et ne tarderons pas à nous mettre la population à dos ! Il est vrai que les mesures d’exception provoquent aussi de rares mais fâcheux abus. J’ai lancé dans les journaux du jour un appel à la vigilance, des soldats et sous-officiers procèdent à d’irrégulières réquisitions, mais la population sait dorénavant que devra leur être présenté un reçu signé par un officier puis remis un extrait du carnet à souche.

Une armée en marche a besoin que l’ordre règne. Si ce doit être ma contribution à la victoire, je ne saurai m’en satisfaire complètement mais qu’il en soit ainsi.

Honoré

Dimanche 23 août 1914 - La femme du boulanger

J’ai délaissé ma machine à coudre pour descendre aider Maman. Il n’y a jamais eu tant de monde en ville, on a vu passer depuis le début du mois la moitié des hommes du département. Les rues ont fourmillé d’uniformes bigarrés et de musettes garnies de victuailles, tous atteints de la fièvre acheteuse ! Puis ça s’est gâté, un peu comme la croûte de pain par mauvais temps, le Père a commencé par manquer de farine. Ce n’est pas faute de manquer de clients, la guerre a aussi besoin de boulangers, c’est qu’il faut en enfourner des miches pour fournir une livre de pain quotidien à chaque combattant. Même le boulanger de la rue des Halles a été enrôlé à la manutention militaire, il n’est pourtant pas tout jeune le père Douglard ! Grabit s’en est allé à Dôle, alors le président du syndicat des boulangers a trouvé un ouvrier italien évacué de Montbéliard. Le pauvre a beau faire ce qu’il peut, son pain n’est pas vendable. Peut-être qu’il y met de l’huile avec la farine et l’eau ! Alors la Grabit fait des pieds et des mains pour que son homme vienne à la manutention de Bourg, il trouverait toujours quelques moments pour s’occuper de son travail. C’est bien vrai qu’il n’y a pas de pain sans boulanger, elle est lingère avec en plus sur les bras et les seins une fillette de trois mois à nourrir ! Elle a même écrit au Maire pour lui raconter sa situation, sinon elle fermera la boulangerie de la place Joubert.

Ceux-là, je ne vais quand même pas trop les plaindre. Mon julot n’a pas la chance d’avoir les mains dans le pétrin, les siennes doivent sentir la poudre, alors qu’elles seraient bien mieux à me faire de gentilles caresses… Marceau est un débrouillard, il saura faire des malices aux Allemands, faudra juste qu’il ne joue pas trop les bagarreurs, j’ai envie que le bon bougre me revienne entier !
Eugénie

Mercredi 26 août - Baptême du feu à Méhoncourt

Nous embarquons le 20 pour une destination inconnue. On a tous compris le lendemain en entendant tonner le canon du côté de Lunéville. Le 22, nuit à la belle étoile dans les tranchées creusées à la hâte. Le 23, les troupes d’active du Midi ont battu en retraite, les réservistes se retrouvent brusquement en première ligne et ce sont bien des balles qui sifflent à nos oreilles. Un jour passe, les Bavarois prennent position face à nous, difficile de savoir ce qu’ils nous mijotent. Dans les rangs du 223, on occupe une ferme évacuée, vin, poulets, cochons, on tue tout ! Bien mangé, peu dormi. Le 25 à 4h, l’ordre est donné de passer à l’attaque avec des Coloniaux sur notre droite ; ça barde, nous avançons, reculons, tournons, les obus font du bruit et des trous effrayants, ce n’est pas beau à voir quand les hommes sont en-dessous. Retour à la case départ dans nos tranchées, rien que dans ma compagnie, il en manque soixante. Le 5e Bataillon a bien plus souffert, il s’est engagé le premier, stoppé par un feu violent de mitrailleuses. Le colonel Brouet avait fait les campagnes du Tonkin et du Soudan, il a voulu reprendre l’offensive, une balle dans le cœur a brisé net son élan. Et celui de tant d’autres, comme Pobel homme d’équipe à la compagnie ferroviaire PLM, l’adjudant-chef Marin, Balliccioni le Corse des archives de la Préfecture. Certains ont été évacués bien amochés vers l’ambulance de Bayon, j’en connaissais bien deux d’entre eux, Randu le Jurassien, toujours brave et dévoué, et Baudet, le cantinier de la caserne Aubry qui nous dégottait ce qui va bien. Aujourd’hui, le 15e Corps d’Armée du Midi est repassé en première ligne. Nous bivouaquons dans les granges et les champs. Le régiment fait le compte de ses pertes, je le sais par l’officier de Détails, il y aurait quinze pages de noms dans le journal de marche, plus d’une centaine de tués et disparus, trois fois plus de blessés, 450 hommes sur le flanc, le quart du régiment qui avait marché sous une averse dans les rues de Bourg trois semaines plus tôt.
Célestin

Dimanche 30 août - Les murs ont de grandes oreilles

Tout le monde en parle encore. Les Parisiens ont attaqué les épiceries avec des plaques en porcelaine pour les bouillons Kub, il parait que ce sont de vrais repaires d’espions allemands. Pas étonnant que mes parents n’en ont pas mis rue Charles Robin.

C’est comme chez nous, la police a arrêté plein d’Allemands, il y en a 200 en prison à l’école Carriat. J’ai vu ceux qui travaillaient dans un cirque, ils ont des têtes bizarres, quand ils m’ont regardé, ça m’a fait comme un grand frisson ! Faut dire qu’il y en a qui font dérailler les trains, il y aurait 70 soldats blessés. Les automobiles sont surveillées partout, il y en a une qui a quand même réussi par passer par Bourg.

Je ne suis pas assez grande pour savoir si tout ça est la vérité, mais papa et maman sont bien d’accord avec les gens qui viennent à l’épicerie. Ils ont tous un peu peur de ce qui se passe, alors ils repartent avec le panier plein de provisions. Moi ça me coupe l’envie de manger ! Ils disent tous qu’il n’y a pas de fumée sans feu, c’est sûr qu’en attaquant méchamment les Belges, ce sont eux qui l’ont allumé ! Maintenant ils ont en plus des taubes et des zeppelins qui vont lancer des bombes jusqu’à Paris.

Ce qui m’a rendu triste, c’est d’apprendre la noyade de Jules Paubel, un plus petit que moi. Il est allé à la pêche à la ligne près des Deux Saules. Lui a du trop manger avant de se baigner. On n’est pas tous pareil.
Roseline
 

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