la place de l'Hôtel de Ville de Bourg-en-Bresse en 1914

Bourg-en-Bresse

Navigation in Explore Bourg

You are in : Homepage > Explore Bourg > L'Écho : Bourg en 1914-1915. > Juillet 1914

Juillet 1914

Mercredi 1er juillet 1914 - Sarajevo-Bourg, tout le monde descend !

Dans le Courrier de l’Ain de ce matin, j’ai lu que l’empereur de l’Autriche et de la Hongrie a réagi à l’assassinat de son Archiduc de fils et de sa bru. Si je me souviens bien, c’était samedi dernier, le 28 juin, bien loin de chez nous à Sarajevo dans les Balkans où ils n’en finissent pas de se chamailler. « Rien ne m’aura été épargné sur cette terre » qu’il a dit le vieux François-Joseph, ben voyons ! On a tous nos soucis. Ici, ce bon docteur Agniel de la rue Notre-Dame a aussi passé l’arme à gauche, emporté à 41 ans par la maladie, le pauvre aurait bien mieux fait de commencer par se soigner lui même !

A part ça, journée plutôt calme au buffet de la gare. Ce mercredi c’est jour de foire, les gens de la campagne y viennent plutôt en tramway, de Montrevel, Treffort ou Marboz. Ça m’a laissé du temps pour prendre la carriole, aller faire le plein chez le limonadier et une des deux brasseries du Faubourg de Lyon. On a eu un printemps mouillé, le beau temps pointe timidement son nez mais ça ne va pas tarder à chauffer, faudra rafraîchir tous les assoiffés !

L’été sera une fois de plus bien animé à Bourg. Le 14 juillet, forcément, avec la revue du 23° de ligne, la fête de la gymnastique, les bals populaires sur les places publiques, la rumeur des flonflons et des accordéons qui se perd bien tard dans la nuit. Y aura aussi des concerts en plein air, des concours de boules à gogo, et puis toutes les sociétés locales iront de leurs petites fêtes, la Jeunesse Laïque comme le Cercle Catholique. Tout le monde y trouvera son compte, surtout les cafetiers.
Antonin

Dimanche 5 juillet 1914 - De la Lyre ouvrière au concours international

Le vibrant Chant sacré de Berlioz magnifiquement interprété par la Lyre ouvrière, un poème en patois de notre barde bressan Prosper Convert, quelques extraits du Moissonneur de Maître Francis Casadesus et de très jolies scènes de la troupe des fillettes de Mademoiselle Poncet, tous accompagnés avec une précision remarquable par la musique du régiment dirigée par le Chef Negret. La kermesse-concert de ce week-end au Parc de la Trésorerie fut une réussite en tous points. Rien qu’aujourd’hui, plus de quatre mille personnes s’acquittèrent d’un ticket, même si son coût reste modique, le tout représente une coquette recette que nous verserons intégralement à l’œuvre de création d’un hôpital pour enfants. Le célèbre peintre Louis-Henri Boulanger - dont j’ai pu admirer l’art de la décoration dans la maison du regretté Charles Guillon - nous a généreusement offert une de ses œuvres.

Il nous faudra vite remettre du cœur à l’ouvrage. Nous sommes conviés dès ce lundi à une réunion relative au projet d’un concours international de musique qui se tiendrait l’année prochaine dans notre ville. Président de l’Union bressane, le dévoué Abel Rochet est à l’initiative de ce comité d’organisation. Nous savons pouvoir compter sur l’engagement désintéressé de toutes les sociétés locales et d’un soutien sans faille de la Municipalité de Monsieur Loiseau. Il se murmure également que le Député Pierre Goujon verserait une souscription de cinq cents francs à cette intention. Nous verrons bien ce que les hommes décideront à cette réunion, c’est en tout cas la promesse d’une fort belle manifestation et de la présence d’artistes renommées.
Philomène

Mercredi 8 juillet 1914 - Au fil du Conseil municipal

La séance du conseil municipal du jour a été bien plus longue qu’à l’accoutumée. Georges Loiseau a expédié l’ordre du jour des affaires courantes. Depuis le temps qu’on entend des jérémiades sur les courants d’air occasionnés par la vitre brisée dans la cour d’entrée de la Halle aux grains, encore un problème qui devrait être prestement réglé. Nous avons également voté l’installation de deux bornes-fontaines dans le quartier Bel Air suite à la contamination des eaux par la Câblerie. Je m’en étais entretenu avec Ernest Chaudouet, si nous portons de grands espoirs dans ce fleuron de l’industrie, elle ne saurait prospérer au détriment de la salubrité de nos quartiers, d’autant plus qu’à Bel Air demeurent d’éminentes personnalités.

Les autres questions portèrent sur l’agrandissement de la salle réservée aux dames du téléphone de l’Hôtel des Postes, les tarifs de la pension au lycée de jeunes filles, la restauration de la Glacière pour les activités de la Jeunesse Laïque, une subvention de 150 francs à la Société d’horticulture et un avis favorable pour classer l’église Notre-Dame parmi les monuments historiques. Toutes furent l’objet d’une belle unanimité, ainsi que le nouveau pavage de la grande artère rejoignant la gare à la route de Ceyzériat qui comprendra notamment les rues Baudin, Mercière, Charles Robin, Notre-Dame et Alsace Lorraine.

Nous approuvâmes également une dépense de 200 000 francs pour construire un second conduit d’eau depuis les sources de Lent, un bon millier de fantassins sont attendus prochainement, il nous faudra donc passer d’un débit de 40 à 60 litres par seconde.

Une bonne nouvelle en appelant d’autres, le Maire confirma la rumeur du possible passage à Bourg du Président Poincare en marge de son voyage en Franche-Comté. A l’issue des délibérations, dans un climat de bonne humeur que procure le sentiment du devoir accompli, nous avons devisé à quelques uns de choses et d’autres. L’ancien Préfet serait bien mal en point et son successeur, Delfini, est arrivé ce lundi en provenance de la Sous-préfecture de Fontainebleau.

1915 s’annonce assurément sous les meilleures auspices.

Stanislas

Jeudi 9 juillet 1914 - Le retour du 3e bataillon

L’annonce officielle d’un 23° régiment d’infanterie bientôt complet constitua l’événement du dernier Conseil municipal. Une vieille histoire, de mémoire burgienne ! Un engagement de l'État datant de 1874 en échange duquel la Ville dut céder un champ de tir et de manœuvre de 25 hectares dans la forêt de Seillon, qu’il ne respecta pas quand un bataillon fut affecté à Salins, Pontarlier et au Fort des Rousses. Décision dommageable quand on estime à 1 800 francs par jour les retombées sonnantes et trébuchantes d’un effectif de mille soldats.

C’est pourquoi le Maire demanda et obtint en 1910 une audience auprès du Ministre de la Guerre. Ce dernier expliqua l’impossibilité de loger un régiment complet à Bourg dans l’actuel casernement parce que le nombre de mètres cubes d’air alloués par homme a été notablement modifié par la réglementation… une réponse qui n’en manque pas ! A l’issue de longues et âpres négociations, le traité avec le chef du Génie militaire à Bourg en signe le dénouement. Il en coûtera à la municipalité 10% de la construction d’une nouvelle caserne, la prise en charge exclusive de tous les travaux sur les canalisations d’eau, les égouts et l’éclairage public, plus la cession de la jouissance d’un nouveau terrain de 14 hectares du côté des Vennes.

Tout devrait aller très vite maintenant, des officiers d’administration ont déjà mesuré et piqueté un terrain proche de la caserne Aubry et du chemin de fer… il a bien fallu régler le problème de la propriété de ce genre d’établissement que la morale réprouve et que la raison tolère pour satisfaire tant de jeunes soldats aux viriles ardeurs, mais l’armée en fit son affaire. Dans l’attente de l’édification du nouveau bâtiment, le troisième bataillon rejoindra l’Ain dès le mois de septembre en s’installant provisoirement dans le camp de la Valbonne. Suite à l’installation à Ambérieu du dépôt ferroviaire des machines de la Compagnie PLM, nous mettons ainsi fin aux incessants reproches largement relayés dans les colonnes du Carillon quant à notre supposée inaction.
Stanislas

Samedi 11 juillet - La lionne est morte ce soir

Quelle soirée ! Rien au monde ne nous aurait fait rater le grand cirque royal de Russie. Il devait être vers les 8 heures et demi, tous les yeux étaient levés et les « Oh » suivaient le numéro d’équilibriste au-dessus des lions, quand une des bêtes a eu la bougeotte et a sauté d’un coup par-dessus la cage ! Un employé a brandi sa fourche et la lionne a pris ses grosses pattes à son cou. On n’en menait pas large, imaginez un gros chat de 150 kilos qui galope comme un lapin avec des crocs ! Le chapiteau s’est vidé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, sauf deux ou trois dames en plein évanouissement. Le spectacle était gâché mais la soirée pas du tout finie, personne n’osait rentrer chez lui, la nuit était noire comme l’humeur des autorités qui accouraient sur les lieux de l’évasion. On a entendu dire que la fugueuse s’appelait Mascotte et elle a été vue trois fois aux alentours. Un pauvre bonhomme qui se croyait bien tranquille dans un petit coin sombre pour satisfaire un besoin naturel… Marceau m’a bien fait rire en me racontant sa suite de l’histoire ! Plus loin sur la route, deux cyclistes ont cru croiser un gros chien puis se sont subitement sentir pousser les mollets de champion ! Un brave homme et sa femme passaient le pont de la Reyssouze avec un panier à la main… la lionne a ignoré le porte-monnaie du ménage mais pas le morceau de lard ! Vers les 10 heures, elle a rodé autour des propriétés de l’Allée de Challes, les efforts du dompteur ont été vains, alors il a été demandé aux gendarmes et aux soldats de sortir les fusils. On a préféré rentrer, une balle perdue est si vite arrivée. On ne savait plus quoi penser, pas tranquilles à l’idée de la rencontrer dans une ruelle, mais on avait fini par trouver cette soirée amusante et sa Mascotte sympathique. J’ai mal dormi, la nuit à me retourner dans tous les sens. Un soldat, que j’ai croisé tout à l’heure, m’a raconté qu’ils l’ont retrouvé au petit matin près des hangars à pétrole de la coopérative du Sud-Est. Une section d’infanterie a fait feu et l’a touché à la hanche droite. Affolée, elle a foncé sur un gendarme, panique générale, il s’est pris une balle dans la cuisse puis Mascotte est tombée raide d’une balle en plein front. Le dompteur s’est plaint de cette perte sèche de 3 000 francs, même s’il pourra en tirer quelque chose en vendant la peau. Ils lui ont répondu que la prudence exigeait la mise à mort. Je ne crois pas que je vais retourner au cirque ces temps.
Eugénie

Mardi 14 juillet 1914 - Sacré Gaston !

On est allés dimanche matin au faux départ du Grand Prix Radior devant le magasin Devaux du boulevard de Brou, c’était rien que pour faire de la réclame pour ses bicyclettes. Puis les trente cinq paires de mollets sont allées chasser les primes entre Vonnas, Feillens, Pont de Vaux, jusqu’à Tournus et Cuisery, Marmont et Mugnier se sont partagés le gâteau, les autres ont ramassé les miettes. Arrivée vers 5 heures rue Charles Robin, y a pas que les coureurs qui avaient chaud au carafon, deux marioles n’ont pas du carburer qu’à l’eau claire, ils ont commencé par échanger des noms d’oiseau puis des coups de poings, s’en est fallu de peu que ça finisse en tournoi de savate, mais la police de la ville les a coffré pour la nuit au violon. Pas vu la revue des troupes au lever du jour, j’ai du descendre quelques chopines de rouge à 8 sous de trop. On s’est retrouvés sur les 11 heures au Pré Michel sur l’allée de Challes, c’est le nouveau terrain de l’union sportive bressane du président Morgon. Y avait foule aux championnats de l’Ain, le duel de l’année entre les fortiches de l’USB et du CSO. Ils ont Tissot, Gaston Noblet est notre champion, il s’est classé dans les dix meilleurs français. Sur le 100m, Tissot a fini d’un cheveu devant trois des nôtres, mais au 400m, ceux d’Oyo n’y ont vu que du feu, il leur en a fait manger de la poussière le Gaston ! Il a aussi gagné la hauteur, deux relais et a fini trois fois second. Notre Hercule ne sait pas que courir ou sauter, j’ai déjà croisé son chemin une balle ovale à la main, j’en ai encore les dominos qui tremblotent ! Celui-là, vaut mieux l’avoir avec que contre soi !
Joannes

Vendredi 17 juillet 1914 - Rubrique des faits d’été

Faut se lever bien tôt ces jours, ça tape dur là-haut et fait pas bon trainasser dans les champs autour des midis. Ce temps me profite, après le café de mon homme, il va piquer un roupillon, moi non, ça me met la tête à l’envers et je ne suis bonne qu’à envoyer promener Léon pour un oui ou pour un non. Alors j’ouvre en grand le journal sur la table de la cuisine et je prends les nouvelles. On va bientôt nous rabattre les oreilles avec le procès de Madame Caillaux, elle a tué le directeur d’un grand journal, il n’avait pas eu la plume légère sur son mari, de là à tirer au pistolet ! C’est comme si je sors le fusil de chasse dès qu’une voisine a la langue fourchue, ça ferait du vilain… mais bon, j’y lirai quand même.

Ça me rappelle qu’au début du mois, on a enfin connu le fin mot de l’histoire sur les vols dans les églises des villages. Ce n’était pas des enfantillages à vider quelques troncs, ils raflaient tout, ciboires en vermeil, lunules en vermeil et bénitiers en argent, je me demande même s’ils n’ont pas aussi chapardé les hosties et le vin de messe pour casser la croûte en partant ! Le chef de cette bande de malfrats, a pris deux ans, ses complices entre deux et huit mois, il y avait deux receleurs de Lyon, plus un horloger et un chiffonnier du côté de Pont de Vaux, je ne les connais pas ces deux oiseaux-là.

A Romanèche, ça a tourné au vinaigre entre deux ouvriers. Ça s’est passé le soir près de la fromagerie, le gars du coin a du faire une mauvaise plaisanterie et l’Italien lui a planté deux coups de couteau. Il n’y a pas mort d’homme, mais ça cause du tintouin, les ouvriers français occupent les carrières de Villette et refusent de travailler si la centaine d’Italiens n’est pas renvoyée sur le champ. Personne n’a l’air tout blanc dans cette histoire, tout çà pour deux bonhommes qui ont le vin mauvais !

Il s’en passe dans la chronique bressane, une veuve de Revonnas morte à cause d’une lampe à huile qui a mis le feu à son matelas, un pauvre petit qui a attrapé la diphtérie au Grand-Corent, une belle auto Dietrich qui s’est fait culbuter par le tramway entre Bourg à Jasseron, Perdrix le maire de Saint-Etienne-du-Bois assommé par une ruade de son cheval, un paysan d’Hautecourt qui a eu les jambes brisés par une voiture de foin et le docteur Touillon n’a rien pu faire à l’hôtel Dieu pour ce malheureux. Faudra que je dise à Léon de faire tout de même attention.

Yolande

Lundi 20 juillet 1914 - Qui s’y frottera, s’y piquera

Encore 4000 cartouches grillées au stand des Vennes pour le concours de tir des réservistes du 55e territorial d’infanterie. 180 tireurs. Il manquait quelques habitués, un détachement de gendarmes est parti ces derniers jours à Saint-Etienne où règne encore de l’effervescence à cause d’une nouvelle grève des mineurs. Derniers coups de feu en soirée autour d’un copieux banquet préparé par la veuve Rondot. Le Président Joannes Son a bien parlé, il n’a pas manqué de remercier le 23 pour son soutien constant et a bien fait de conclure que la préparation militaire est le but ultime de cet amicale concours. J’étais naturellement convié à la table des officiers du commandant Sohier, le Chef du 2e Bataillon. Nous avons reparlé de la Légion d’Honneur remise du Capitaine Maire à l’issue de la revue des troupes pour la fête nationale. On a eu un mort au régiment, Thomasset, je crois, orphelin de 22 ans et ouvrier fileur à Bellegarde, il n’a pas fait un an chez nous, encore une pneumonie qui a traîné. D’autres mauvaises nouvelles des officiers de l’Ain dans nos colonies. Le Lieutenant Thomassin de Neuville-les-Dames, une belle carrière, vingt ans dans la Coloniale, quel gâchis de finir au Tonkin terrassé par le typhus et la malaria. Nous connaissions un peu mieux le capitaine Boidard de Polliat tué près de Fez, nous avons eu une pensée pour sa jeune épouse qui attend un heureux événement. Encore une embuscade ou un coup de main des rebelles marocains, une centaine des nôtres au tapis, quelques Européens et les autres sont tirailleurs sénégalais. Les Zaïans et les Chleuhs sont des coriaces, mais on finira bien par les mâter. A propos du voyage du Poincare en Russie, le Commandant a conclu que nos intentions ne sont pas belliqueuses, mais si le moindre ennemi venait à fouler le sol de France, il lui faudrait alors nous passer en travers du corps ! Un sujet fit l’unanimité contre lui, le Ministre de la Guerre veut nous vêtir d’une tenue grise et bleu pour être moins visible sur les champs de bataille comme les autres armées. En plus que d’apprendre à se cacher, il nous faudrait aussi renoncer à nos couleurs de tradition ! Comme l’a dit avec à-propos un adjudant qui en a vu d’autres, la commande d’achat des draps est prévue sur sept ans, le renouvellement se fera donc au petit trot et un nouveau gouvernement pourrait bien tout changer d’ici-là.

Honoré

Jeudi 23 juillet 1914 - Conversation avec Truchon

Il s’est tenu mardi à la Salle des Fêtes la distribution des prix à nos élèves du Lycée Lalande. En qualité de professeur agrégé de Lettres, l’usage veut que je fasse le discours d’accueil et cette sympathique cérémonie s’est achevé autour d’un vin d’honneur. Une fraîche polémique a alimenté les conversations. L’Alouette des Gaules et l’Espérance catholique de Bourg ont participé à un concours de gymnastes à Grenoble. Le Journal de l’Ain s’est insurgé contre des manifestations antireligieuses déplacées. Le Courrier de l’Ain a aussitôt ouvert ses colonnes au Président de l’Alouette des Gaules. Si Antoine Belaysoud nie ces allégations, il consent néanmoins qu’il n’a jamais songé à mener les athlètes en troupeau voir des messes en plein air ! J’ai pour ma part témoigné mon profond contentement quant à l’imminente fermeture des établissements congréganistes. La Loi de séparation de l'Église et de l'État leur avait généreusement accordé un délai de dix ans, trois établissements sont ainsi concernés dans notre ville, dont l’orphelinat de Seillon sous la coupelle des sœurs Franciscaines.

J’ai longuement échangé avec Truchon, brillant professeur d’histoire, qui va malheureusement nous quitter pour rejoindre le lycée de Chambéry. Un homme remarquable pétri de convictions, nous partageons les mêmes valeurs républicaines et de fortes exigences quant à la parfaite exemplarité de nos représentants élus. La Loi adoptée ce mois par la Chambre est en ce sens une grande nouvelle, les députés et sénateurs ne pourront plus cumulés leur mandat avec la direction d’administration, de société et d’entreprise subventionnée. Nous divergeons pourtant sur l’immense espoir qu’il fonde sur cette idée d’Internationale des peuples qui s’uniraient pacifiquement… l’âge et mon expérience tragique de l’histoire m’ont probablement pétri de sagesse et de cynisme. Notre discussion s’anima à propos de la situation générale et du récent article de Jean Jaurès qui fait grand bruit. Il évoque l’Europe énervée qui risquerait de sombrer rapidement dans l’universelle barbarie. Je pense que notre Gouvernement ne mettra pas la paix en péril pour la seule satisfaction des discordes entre Russes et Autrichiens.

Hippolyte

Lundi 27 juillet 1914 - La fille des Serbes

« Voilà plus d’un mois que je lis, chaque jour que Dieu fait, le nouveau feuilleton d’Armand de Lanrose : La fille des Serbes, épisode dramatique de la Guerre d’Orient. Une amie me l’a recommandé discrètement, il figure en dernière page d’un quotidien qui n’a pas les faveurs de mon entourage, mais nul besoin de me compromettre sur la voie publique, Félix a toujours su se montrer discret dans son service et son épouse ne sait que trop bien qu’il faut savoir tenir sa langue pour durer dans une bonne maison.

L’histoire commence en 1912 dans les Balkans et rend un bel hommage au petit peuple serbe, l’héroïne en est une jeune fille de vingt ans aussi belle à miracle que farouche et indépendante. Elle aime galoper seule dans les plaines et les bois jusqu’à la tombée du jour. Cette lecture ne manque pas de saveur, à chaque épisode une nouvelle péripétie, on y croise un montreur d’ours et des hordes de sanglier, on y rencontre un brave frère officier artilleur et un sultan turc peu à son avantage. J’ignore encore où veut nous emmener l’auteur, un beau dénouement ou une triste fin ? »

Marie-Louise

Jeudi 30 juillet 1914 - L’arroseur arrosé

J’ai encore été à la fête le 14 juillet, c’est toujours au capitaine des pompiers qu’échoit l’honneur de donner le signal du feu d’artifice en allumant la mèche d’un petit canon de fonte bourré de poudre noir. Le bruit m’a étrangement remémoré l’épouvantable fracas de ce début de mois sur le chantier de construction de la Basilique du Sacré-Cœur à Bel Air. Je n’ai pourtant pas été témoin de l’accident mais j’ai pu constater les spectaculaires dégâts occasionnés par la grue mobile. Une belle machine de 25 tonnes, mais le contremaître s’est cru plus malin que tout le monde, fabriquée pour porter 3000 kilos, il a fallu qu’il déplace des blocs de pierre de moitié plus lourd, le bras a plié, a tout emmené et l’édifice a subi de sérieux dommages. Heureusement que les ouvriers l’ont vu venir et qu’ils ont eu le temps de décamper.

L’autre matin, c’était à mon tour de ne pas faire le malin. Un feu a pris dans la salle des machines de la Tannerie Pingeon, la compagnie de piquet du 23e a été mobilisée aux côtés de la police pour faire le service d’ordre, les grandes flammes avaient attiré la foule. Nous avons été maîtres de l’incendie en moins de deux heures, mais que ce fut laborieux ! Un des mes sapeurs-pompiers avait monté la motopompe à contre-vis et les quolibets ont commencé à fuser bien plus vite que l’eau de nos tuyaux. Si le Maire et son adjoint Jules Belley ne m’ont rien dit, ils n’en pensaient pas moins… Notre première et seule motopompe à essence, montée sur chariot à quatre roues en acacia, un débit de 230 litres à la minute, une portée horizontale de 35 mètres, la Ville l’a acheté en 1910 pour 3000 francs… un bijou de technique gâché par un maladroit qui ne doit pas savoir que sa main gauche se reconnaît à son pouce qui est à droite ! La prochaine fois que j’irai quémander du matériel, je vais être bien reçu…

Ça discutait ferme pendant tout ce temps. Les hommes du 23e de ligne sont consignés à la caserne, ils ont touché leurs vivres et leurs munitions, une heure leur suffirait pour embarquer dans les trains. La Caisse d'Épargne est prise d’assaut par les clients qui retirent leurs économies. Il paraît qu’un Ministre a commenté la situation, « ce n’est point dire qu’il faille être optimiste, mais il ne faut pas non plus être absolument pessimiste ». Nous voilà bien avancés.

Anthelme

  • Save in PDF
  • Page top

Contact

Mairie de Bourg-en-Bresse
Place de l'Hôtel de Ville
01012 Bourg-en-Bresse - France
Download Virtual Card (.vcf)
Phone: (+33) 4 74 45 71 99

Horaires
Contact form